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CANAPÉ VERT

By Kate Lalic

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La perle des Antilles

L’humidité fait enfler mes extrémités décorées d’anneaux d’or. C’est comme si notre peau voulait s’engorger de soleil avant de retourner vivre dans le givre…

Je croise, sur la route des deux frères, les yeux gris de cet homme à tout faire à travers la glace du rétroviseur qui m’éblouit. La chaleur forme des gouttelettes à la racine de mes cheveux, est-ce des sueurs froides provenant des effets du vaudou? Cette île quoique peu mystique renferme dans ses vallons la simplicité.

Je me cache sous les feuilles d’un palmier, perplexe. Comment faisons-nous pour vivre avec tous ses besoins irréels? Alors qu’il nous faut que de l’eau, la caresse du soleil et quelques fois des petits plats du riz national. Nous arrivons face à une ville improvisée, une palette de couleurs pastels se mêle à la verdure de la montagne : Jalousie. La jalousie n’est pas la même pour tous. La jalousie est avare et ingrate. Au contraire, à travers ses Lataniers bleus et ses Goyaviers, elle est séduisante et abondante.

Jour 2

L’odeur d’Aran traîne un peu partout. Vers l’heure où le soleil est le plus haut, la foule se bouscule et encombre les rues poussiéreuses. La fibre entrepreneuriale de chaque marchand se fait insistante à tout moment.

Je m’accorde une petite sieste de l’après-midi sur le toit de béton. La vue des montagnes me fait oublier ses yeux fureteurs.

Tous ces regards me disaient que je n’étais pas à la bonne place. Malgré cela, mon corps me criait que c’était la bonne adresse. L’adresse du bonheur. Au cœur même des copeaux.

Jour 3

Le soleil tape, mais la brise des Gonaïves détend l’atmosphère. Les courbes du pays nous mènent devant la demeure de Martelly.

Les rubans bleus se mêlent aux tresses. Les jeunes filles abordent des sourires lumineux ne sachant pas que la ville les guette.

La place Boyer me rappelle l’architecture du parc Güell à Barcelone. Les ondulations des bancs et des marches de céramique sont saturées d’enfants aux bas blancs. Midi vient de sonner, l’école ferme ses portes sous la chaleur accablante de janvier.

Jour 4

On a pu échapper à la frénésie de la fin de semaine qui s’installe dans les villes. Les préparatifs pour la fête commencent plus tôt que prévu. La fièvre s’empare des conducteurs qui créent un chaos sur les routes de terre.  Vers la plaine, on aperçoit les nuages de fumée qui s’échappe de la Cité-Soleil (à ne pas confondre avec un surnom qui désigne une place paradisiaque). La lourdeur de la fumée s’élève à travers les flans des crêtes. La poussière accumulée sur ses feuilles rend les palmiers las. Les roues du fourgon crissent devant l’hôtel connu d’Haïti. Je descends hâtivement du camion pour aller me retrouver sous l’ombre d’un bananier.

Le dernier roman de Laferrière sous le bras, je me précipite vers l’écume de la mer. Dany, auteur natif de l’ile, doit souvent se rendre à cet endroit pour écrire ses succès.

Comment ne pas avoir une plume d’or lorsque l’or est sous nos pieds? Camouflé pour ne pas être trouvé.

Jour 5

Je suis profondément en amour. J’ai le cœur triste. Une envie me prend de tout laisser tomber et de rester près d’elle. Les chants religieux s’élèvent au-dessus des murs de béton. Les hautes grilles de fer forgé me laissent entrevoir les gens du quartier. Les larmes se cachent sous mes paupières. Je dis mes derniers adieux à cette terre d’accueil. Vue d’en haut, la terre rouge m’expose ses vallons et fait reluire ses sommets. Elle m’enjôle par ses courbes et ses chemins qui mènent à des joyaux naturels. Tout juste avant de voir le pays disparaitre derrière, mes yeux se posent sur la douce blancheur des plages de Labadie.

Les minuscules toits ocre rappelant le littoral de la Méditerranée tracent un chemin le long de la côte. Ils sont le dernier souvenir que je chérirais de cette escapade antillaise…

Luv Lalic.

 

 

Citations

L’écrivain est un homme privilégié à qui on donne le droit de traverser les barrières entre les classes sociales aussi bien que les frontières entre les pays.  -Dany Laferrière

C’est simple : pour empêcher un Haïtien de rêver, il faut l’abattre.

-Dany Laferrière

C’est à Haïti que le Nègre s’est fait homme en brisant ses fers.

– Hannibal Price

Mon amour, parle-moi le patois du pays.
Parle-moi le créole,
Le créole d’Haiti
Dont la phrase ressemble a quelques barcarolle.

-Marcel Dauphin

 

Je suis étonné de constater l’attention qu’on accorde à l’origine des écrivains. Car, pour moi, Mishima était mon voisin. Je rapatriais, sans y prendre garde, tous les écrivains que je lisais à l’époque. Tous. Flaubert, Goethe, Whitman, Shakespeare, Lope de Vega, Cervantès, Kipling, Senghor, Césaire, Roumain, Amado, Diderot, tous vivaient dans le même village que moi. Sinon, que faisaient-ils dans ma chambre ? Quand, des années plus tard, je suis devenu moi-même écrivain et qu’on me fit la question : Etes-vous un écrivain haïtien, caribéen ou francophone ? je répondis que je prenais la nationalité de mon lecteur. Ce qui veut dire que quand un Japonais me lit, je deviens immédiatement un écrivain japonais.
-Dany Laferrière

 

Toutan tèt poko koupe, li espere pote chapo

Konesans se richès

Ce texte est dédié au merveilleux pays qui m’a fait découvrir l’essence de la vie, le bonheur d’un instant et le moment présent.
Kate Lalic

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About The Kate Lalic

EIC of the Kate Lalic Blog and Brands. Passionate about traveling, fashion and posh lifestyle. The writer of the upcoming book Kate Lalic Tales.

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