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IMMORTALISER L’ÉPHÉMÈRE

By Kate Lalic

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L’immeuble de verre surplombait la ville de Montréal. La lueur du soleil couchant se diffusait dans l’immense pièce bruyante où se donnait le cocktail de bienvenue.

On ne pouvait plus distinguer personne dans ce bain de foule trop coloré. Sous mon masque de félin, je scrutais l’horizon à la recherche d’un regard, le même regard que je sentis brièvement se poser sur moi la nuit passée. Des yeux que je ne pouvais oublier, ils ont hanté mon sommeil agité. Ce bref instant me revenait sans cesse en tête, même si j’essayais de le chasser dès que les frissons apparaissaient sur mon corps. Je ne savais ni qui, ni quoi, mais mon instinct kantien me dit qu’il n’était forcément pas loin.

Une main ferme se posa sur mon épaule nue. — Chérie, je vais m’asseoir à la table avec nos collègues, tu n’as qu’à nous rejoindre lorsque le souper sera servi si tu préfères rester ici, dit l’homme à mon bras. J’acquiesça d’un sourire timide et lui dit que je resterais dans le hall vitré. Après avoir serré quelques mains importantes, je me dirigeai vers les files qui attendaient impatiemment de se faire servir aux différents bars positionnés dans le hall.

J’efface les souvenirs de ma mémoire en battant des cils en me rappelant que j’accompagne le plus influent entrepreneur du bal. Un amant possédant une berline allemande et possédant ma chair. Un cigare cubain à la main, il incarne bien le personnage classique de Humphrey Bogart.

Un défilé de carnaval surgit de nulle part, un gros bruit de tintamarre le suivant, on aurait dit un maigre duplicata du carnaval de Rio avec toutes ses femmes dansant au rythme des tambours. La foule dense approcha pour voir le spectacle hédoniste. Je me faufila jusqu’à la montagne de petits verres multicolores qu’ils avaient dressés loin du chaos.

Nos yeux se croisèrent qu’un instant. Je détournai le regard trop vite. Du coup, je senti mes joues s’enflammer, je sentis qu’il me vu l’observer… C’est bien la première fois que je suis incapable de supporter un regard du sexe masculin dans le mien. Le sien était différent, il était vrai, innocent, si puissant que cela faisait peur. Une peur de l’inconnu. Ceci était un sentiment tout nouveau qui se dévoila sortit des abîmes de mon âme si longtemps fermé à clé. Il y avait une seule lueur dans nos prunelles, une sorte de connexion indescriptible. En me retournant, je vis son regard qui s’attarda sur ma peau. Du coup, je ne pus me détacher de son visage hâlé, de ses yeux noisettes et de sa bouche invitante délicatement dessinée. Je l’observai de loin pendant quelques instants, tout en pensant que je ne devrais pas autant m’extasier devant un beau visage. Je ne veux plus jouer dans le jeu des autres, mais dans le mien. L’assemblée commença à se diriger vers la salle de réception, le dîner était servi.

Je traversai la salle en regardant un peu partout pour trouver la table de M.White. J’essayai de ne pas trébucher parmi tous ces serveurs qui ne savaient où donner de la tête pour satisfaire les besoins irrationnels des invités. Enfin arrivée à la table, je n’avais pas faim. Une caricature d’une épouse désespérée se tenait devant moi et n’arrêtait pas de gesticuler en racontant une histoire extravagante à propos de son fils adoré. Ses cheveux d’un blond irréel flottaient autour de son visage fraîchement sorti du bureau du chirurgien. Elle commençai à me poser plein de questions et admirait mon visage qui lui faisait penser à celui d’une actrice. Son mari me regarda d’un air épuisé ou tout simplement rêveur?

Je n’arrêtais pas de penser à ce jeune homme, il me fallait son nom… il me fallait lui parler… Le souper se déroulai dans les éclats de rires et les anecdotes incroyables de cette beauté qui a visiblement dépassé la quarantaine. Derrière mon sourire se cachait une envie profonde, celle de connaître cet homme. Je m’excusai pour me lever de table et me dirigeai vers la salle de bain bondée. En traversant le hall, je le vis venir dans ma direction. Il pressa le pas en me voyant arriver, je fis de même et me faufilai vers l’embrasure de la porte des latrines. Je soutenu son regard dans le mien le plus longtemps possible. On aurait dit un jeu, un jeu de vérité pour savoir ce qui se cachait réellement derrière. Nos chemins se croisèrent, il me céda le passage d’un revers de main. Il s’arrêta devant moi. Ma bouche paralysée étouffa les mots impatients. Cloué à mon palais, aucun son ne s’en échappa.

Si seulement mes yeux pouvaient lui délivrer le message… Un avertissement pour s’échapper avant d’être englouti.

Mes Manolos me dirigèrent vers la porte.

Il y avait quelque chose d’inédit dans la manière d’attacher ses yeux sur mon visage. Quelque chose de différent que je n’ai jamais encore perçu chez quelqu’un du sexe opposé. Devant la glace, je me regardai longuement. Qu’est-ce qui m’arrive? Pourquoi d’un coup tout mon être est attiré vers cet inconnu? Dès que ses yeux rencontrent les miens, je perds l’usage de mes jambes et surtout de la parole. Et pourquoi cet émoi ce déclara en si peu de temps? Je rajuste mon soutien-gorge, remet un peu de laque Dior sur les lèvres et jette un regard dans le miroir pour apercevoir une jeune fille curieusement heureuse. J’aimerais tant immortaliser l’éphémère.

 

Luv Lalic.

 


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About The Kate Lalic

EIC of the Kate Lalic Blog and Brands. Passionate about traveling, fashion and posh lifestyle. The writer of the upcoming book Kate Lalic Tales.

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